🧠 Céréulide, la crise du lait infantile : quand nourrir son enfant devient un pari sanitaire
- Barbara BOUTIN consultante en lactation périnatale
- il y a 15 heures
- 7 min de lecture
Ces dernières semaines, des rappels massifs de laits infantiles ont secoué l’Europe et le monde entier. Ce n’est pas un accident isolé, mais l’illustration d’un système qui tolère depuis trop longtemps la présence d’agents potentiellement dangereux dans l’alimentation des bébés, tout en laissant aux parents la charge des choix et des conséquences. Le pire, ce dire qu'on achète un lait artificiel BIO et apprendre qu'il contient les mêmes formules que les laits non bio et que tout vient du même endroit...
Qu’est-ce que la céréulide ? Une toxine persistante et dangereuse
La céréulide est une toxine produite par certaines bactéries du groupe Bacillus cereus, présente dans l’environnement. C’est une toxine très stable, résistante à la chaleur et à l'acide (donc à la digestion) et difficile à détecter dans les aliments secs comme les laits infantiles en poudre. (Aucun moyen pour les parents de détecter sa présence)
Elle peut provoquer des vomissements, des diarrhées et des troubles digestifs sévères, particulièrement chez les nourrissons dont l’organisme est immature et très vulnérable.

Pourquoi a-t-il eu les premiers rappels ?
Les premiers rappels ont été déclenchés en décembre 2025, lorsque des contrôles ont montré la présence de céréulide dans des lots de lait infantile produits par plusieurs grands groupes — notamment Nestlé (marques Guigoz et Nidal) et, quelques semaines plus tard, Lactalis (marque Picot).
Ces produits ont été retirés en raison du risque potentiel qu’ils présentent pour les nourrissons. La contamination a été liée à un ingrédient utilisé dans les formules, l’huile riche en acide arachidonique (ARA) fournie par un fournisseur partenaire externe.

Les rappels ont rapidement été très étendus :
Nestlé a rappelé des milliers de lots de laits infantiles (Guigoz, Nidal, SMA, BEBA, NAN) dans plus de 25 pays dès janvier 2026.
Lactalis, avec des lots de marque Picot, s’est ajouté aux rappels en France et à l’international.
Danone a été contraint de retirer des lots d’Aptamil, Cow & Gate, Gallia ou Blédilait produits en Irlande et exportés vers l’Europe.
Des marques dites “bio” ou alternatives comme Popote ou Babybio ont aussi retiré des lots suite à l’abaissement de seuils de sécurité.
👉 On parle de plusieurs dizaines de références, incluant laits 1er âge, 2e âge et 3e âge — ce qui montre l’ampleur et l’impréparation du secteur face à ce type de crise.
🔥 Des cas d’enfants malades liés à ces produits
Au Royaume-Uni, au moins 36 enfants ont présenté des symptômes compatibles avec une intoxication liée à la contamination (vomissements, diarrhée, déshydratation). Ces signaux ont secoué des familles, renforçant l’idée que l’alimentation industrielle n’est pas sans risques — surtout à cet âge.
Dans plusieurs pays, des nourrissons ont été hospitalisés pour des symptômes digestifs après avoir consommé des laits rappelés, et deux enquêtes pénales ont été ouvertes en France pour examiner des décès possibles liés à ces produits — bien que le lien n’ait pas encore été scientifiquement établi.
Un collectif de parents et l’association Foodwatch ont même porté plainte contre les industriels et les autorités françaises, accusant ces derniers de retards dans l’information et de manquements dans le contrôle sanitaire.

2) Le seuil de présence autorisé avant les rappels
Pendant des années, un seuil toléré jusqu’ici de 0,03 microgramme de céréulide par kilogramme de poids corporel était implicitement accepté dans les préparations infantiles, même si ce seuil n’était pas solidement fondé scientifiquement.
Face à la crise, les autorités européennes et françaises ont divisé ce seuil par deux, le fixant à 0,014 µg/kg de corps pour la protéction des bébés — une reconnaissance implicite que les limites précédentes n’étaient pas suffisamment protectrices.
Ce changement réglementaire a immédiatement entraîné de nouveaux retraits et rappels, y compris de produits déjà vendus et consommés.
Céréulide : la deuxième vague de rappels qui dérange profondément
La première vague de rappels liée à la céréulide a déjà provoqué une onde de choc. Mais la deuxième vague, liée à l’abaissement des seuils de sécurité, est sans doute la plus dérangeante.
Car abaisser un seuil ne signifie pas “il n’y a plus de danger”.
Cela signifie :
👉 qu’une présence était jusque-là tolérée,
👉 qu’elle était considérée comme “acceptable”,
👉 et qu’on reconnaît aujourd’hui que ce niveau pouvait ne pas être suffisamment protecteur pour les bébés.
Autrement dit : nos enfants ont été nourris avec des produits contenant des substances dont on admet aujourd’hui qu’elles auraient dû être encore plus strictement limitées.
Et la céréulide n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Toxines, bactéries, métaux lourds : une question systémique
La céréulide pose une question bien plus large que ce seul scandale.
Dans l’alimentation industrielle infantile, on parle aussi de :
bactéries pathogènes (Salmonella, Cronobacter, Listeria),
toxines thermorésistantes,
résidus industriels,
métaux lourds comme l’aluminium ou le plomb, régulièrement retrouvés à l’état de traces, mais jugés “acceptables” car sous des seuils réglementaires.
Mais acceptable pour qui ?Pour un adulte ?Ou pour un nourrisson dont le foie, les reins et le système immunitaire sont immatures ?
Faire confiance aux industriels, c’est accepter :
des chaînes d’approvisionnement mondialisées,
des fournisseurs multiples,
des contrôles a posteriori,
et des rappels… quand il est parfois déjà trop tard.
Les précédents rappels significatifs des dernières années
Ce n’est pas la première crise sanitaire liée au lait infantile :
🦠 2017–2018 — Salmonella Agona chez Lactalis
Une épidémie de salmonellose liée à des laits infantiles distribués dans plus de 50 pays a conduit Lactalis à rappeler des millions de boîtes. La production d’un site français a été stoppée, et des dizaines de cas chez des nourrissons ont été liés à cette contamination.
Les analyses ont montré que la même souche de Salmonella avait infecté des bébés en 2005 déjà, sur le même site, ce qui soulève de sérieuses questions sur la gestion de la sécurité alimentaire à long terme.
🦠 Plus récemment (2020–2022), États-Unis — Cronobacter et botulisme
Des rappels de formules infantiles aux États-Unis ont été déclenchés à cause de contaminations par Cronobacter sakazakii, une bactérie qui peut causer des infections graves chez les nourrissons, parfois avec des conséquences fatales.
Nourrir un bébé ne devrait jamais être un pari
Ces scandales répétés nous obligent à regarder la réalité en face :
nourrir un nourrisson avec des produits ultra-industrialisés comporte un risque structurel.
Cela ne veut pas dire culpabiliser les parents. Cela veut dire exiger plus de transparence, plus de prudence, et surtout redonner aux familles le droit de choisir en connaissance de cause.
"Quand cela est possible" et ça l'est dans 90% des cas! Le lait maternel reste l’alimentation la plus protectrice :
sans chaîne industrielle,
sans fournisseur tiers,
sans seuils “acceptables” de toxines ou de contaminants.
Et quand l’allaitement est difficile, interrompu ou partiel, il existe des alternatives accompagnées, plus respectueuses de la physiologie du bébé.
Mon accompagnement : information, sécurité, choix éclairé
J’accompagne les parents :
dans la compréhension des rappels et des risques réels,
dans le choix raisonné d’une alimentation infantile,
dans la mise en place d’une alimentation au biberon au plus proche de la physiologie,
dans la poursuite ou la relance de l’allaitement
👉 Parce que nourrir un bébé ne devrait jamais reposer sur la peur…
👉 ni sur une confiance aveugle envers des industriels déjà trop souvent défaillants.
🍼 Les laits infantiles du groupe Nestlé et compagnies...
NESTLE
Nestlé est le plus gros acteur mondial du lait infantile. Voici ses sous-marques :
France
Guigoz
Nidal
Nidal Relais (nom très critiqué au regard du Code OMS)
Europe / international
NAN
BEBA
SMA
Lactogen
Nestlé Good Start (hors Europe)
👉 Ce sont Guigoz, Nidal, NAN, BEBA qui ont été au cœur des rappels céréulide fin 2025 – début 2026.
🍼 Pour éviter toute confusion : les autres grands groupes
Groupe Danone
Gallia
Blédilait
Aptamil
Cow & Gate
Marques dites “bio / alternatives” (souvent fabriquées par des tiers)
Babybio
Nutribio
Popote
Holle
👉 Même ces marques peuvent être concernées par des rappels car elles dépendent des mêmes chaînes industrielles et fournisseurs.
⚠️ Pourquoi cette confusion est problématique pour les parents
Parce que :
les noms changent,
les packagings rassurent,
mais les groupes industriels restent les mêmes,
avec des fournisseurs communs, des usines mutualisées, et des ingrédients identiques.
👉 Changer de marque ne veut pas toujours dire changer de système.

Conclusion : informer, protéger, accompagner
Les rappels de laits infantiles liés à la céréulide ne sont pas un simple épisode isolé. Ils révèlent les limites d’un système industriel et réglementaire qui tolère, parfois pendant des années, la présence de substances potentiellement dangereuses dans l’alimentation des nourrissons, avant d’agir dans l’urgence.
Face à cela, les parents ne devraient jamais être laissés seuls avec leurs doutes, leur peur ou la responsabilité de “bien choisir” dans un contexte aussi flou. Nourrir un bébé n’est pas un acte anodin : c’est une question de santé, de développement et de sécurité.
Lorsque l’allaitement maternel est possible, il reste l’alimentation la plus physiologique et la plus protectrice pour le nourrisson. Et lorsqu’il est difficile, interrompu ou partiel, d’autres chemins existent, à condition d’être accompagnés avec justesse, information et respect.
👉 Je propose un accompagnement personnalisé, en présentiel ou en visio, pour :
faire le point après un rappel de lait infantile,
comprendre les enjeux réels et éviter les décisions prises dans la panique,
soutenir la poursuite ou la relance de l’allaitement maternel,
guider les parents dans le choix d’une alimentation infantile la plus adaptée possible,
accompagner les troubles digestifs fréquents du nourrisson (régurgitations, constipation, inconfort).
Parce que la sécurité alimentaire de nos bébés mérite mieux que des seuils “acceptables”, et parce que chaque famille mérite d’être soutenue, informée et respectée dans ses choix.
👉 Nourrir son enfant ne devrait jamais être un pari. C’est un acte qui mérite de la clarté, du soutien et de l’humanité.
EN IMAGES LES LAITS RAPPELES:


















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