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L'allaitement, tire-allaitement, une sémantique trompeuse ?

  • Photo du rédacteur: Barbara BOUTIN consultante en lactation périnatale
    Barbara BOUTIN consultante en lactation périnatale
  • 17 déc. 2025
  • 18 min de lecture

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L'allaitement, tire-allaitement, une sémantique trompeuse ?


En 2025, pour la plupart d'entre nous, lorsque l’on parle d’« allaitement », on nomme ainsi le fait d’alimenter un bébé de lait, sans se soucier de la manière, sein versus biberon ou de quel lait contient le biberon.

La question du professionnel de santé posée à une future mère sera : « comment souhaitez-vous l’allaiter : au sein ou au biberon ? »

Une question qui semble anodine, annoncée avec le pragmatisme efficace médical, sans même se soucier de tout ce que cette simple question peut infliger émotionnellement à la maman qui l’entend. Ou sans même réfléchir aux sens des mots prononcés, qui évolue avec le temps.

Notre langue française si riche et complexe est en perpétuelle évolution. J’en veux pour exemple ce vieux français, parlé au temps des rois, ne comptait pas le même vocabulaire que celui de nos jours. Certains mots ont même changé de sens avec le temps, comme le mot vilain, qui représentait un paysan puis une personne grossière, quelques siècles plus tard la laideur et maintenant il serait synonyme de méchant. Notre langue aurait tendance à s’anglicisé dans le milieu du travail « co-working, week-end » et dans le langage familié de nos jeunes ados, notre bon français est maltraité, les sens inversés, il aurait une version arabiser « strafallah » voire même, de nouveaux mots sont inventés et connus que d’une génération toute fraîche, histoire de perdre (volontairement ?) les parents étonnés.


"Le vilain" Paysans du moyen-âge
"Le vilain" Paysans du moyen-âge

Etymologiquement, le mot allaitement est formé en moyen français à partir de alaitement puis de l’ancien français alaiter (aleiter, aleter) se traduit en « nourrir au sein » dérivé du latin lactare et de la racine lac/lactis  traduisible en « lait ». Donc, originellement, dès le Moyen Âge et jusqu’au XIXᵉ siècle, le mot allaitement veut dire — l’action de nourrir un enfant au sein par la mère ou la nourrice.

Evidemment, avant, il ne pouvait pas y avoir un autre sens. Nourrir de son sein était la seule manière de nourrir un bébé nouveau-né pour sa survie et la seule continuité logique post accouchement. L’allaitement durait plusieurs mois ou plusieurs années, sans se poser la question de la normalité, du choix et des différences. Le seul choix qui s’imposait jusqu’en 1880 : la mère nourrissait son enfant à son sein ou éventuellement une autre mère pouvait allaiter un bébé qui n’était pas le sien ; la survie de la première année de vie de l’enfant en dépendait totalement. ( « autre mère » parce qu’il fallait que la femme ait eu un enfant pour allaiter, aujourd’hui, l’allaitement peut être induit sans avoir été gestante.)

C’est seulement à la fin du XIXe, avec l’essor du biberon et des laits animaux transformés industriellement, donnés à des bébés humains, que le mot allaitement élargira, pour la première fois, son usage à d’autres formes d’alimentation lactée.

C’est certainement la première déformation de langage. L’allaitement ne désigne plus le simple fait de nourrir son bébé au sein, au sens stricto sensu étymologique, chose pourtant indiscutablement naturelle depuis des millénaires, car, si l’humanité existe aujourd’hui, c’est bien grâce à l’allaitement au sein de nos mères matrice de ce monde. Dorénavant, se mot s’emploie pour exprimer le fait de nourrir le bébé avec d’autres laits d’animaux et d’autres manières.

Le simple fait d’avoir inventer le lait artificiel (invention française, dois-je le rappeler ici ?) a balayé en moins d’un siècle, la signification d’un mot vieux comme le monde dont même la racine exprimait le fait de nourrir son bébé exclusivement au sein depuis toujours.

On voit apparaitre dans les premiers livres de puériculture du début XXème la signification « double » du mot allaitement : « alimenter le bébé au sein ou au biberon de lait artificiel » (extrait du livre datant de 1928 éd. Argentol  « Ma doctoresse, un guide d’hygiène et de médecine de la femme moderne »  est donnée en explication de l’alimentation du nouveau-né. C’est la même définition donnée sur Wikipédia aujourd’hui.

C’est à mon sens, la première erreur de langage de nos aïeules. Peut-être y avait-il une intention rassurante commerciale : conserver le même mot « allaitement »  pour nourrir de manière différente un bébé = le même résultat. La campagne d’information sur le lait artificiel était très invasive et sans limite légale, laissant une liberté totale à Guigoz et Nestlé de persuader les médecins et le corps médical, ainsi que les parents naïfs et particulièrement les mères, du bienfait de remplacer la mère nourricière par l’alimentation artificiel pour nourrir leur nouveau-né. (L’histoire du lait artificiel, fera l’objet d’un blog très prochainement).


Extrait du livre datant de 1928 éd. Argentol  « Ma doctoresse, un guide d’hygiène et de médecine de la femme moderne »
Extrait du livre datant de 1928 éd. Argentol  « Ma doctoresse, un guide d’hygiène et de médecine de la femme moderne »

Nous connaissons aujourd’hui de nombreuses répercussions du non-allaitement au sein.

Notamment :

Les nourrissons nourris au lait artificiel présentent, selon la littérature scientifique internationale, un risque accru d’infections et de certaines pathologies par rapport aux nourrissons exclusivement allaités. Plusieurs études montrent que l’alimentation par préparations pour nourrissons augmente l’incidence des infections gastro-intestinales et respiratoires, tandis que l’allaitement apporte une protection significative grâce à la transmission d’anticorps et de facteurs immunitaires uniques¹.1–¹.2. Le risque d’otites est également plus élevé chez les enfants nourris au lait artificiel¹.3, et ces nourrissons sont proportionnellement plus souvent hospitalisés pour des infections des voies respiratoires¹.4.

La digestion paraît également plus difficile avec les préparations infantiles : leur composition de synthèse artificielle, plus complexe  à métaboliser que celle du lait maternel, s’accompagne fréquemment de gaz, ballonnements et constipation².1–².2. Un changement rapide de mode d’alimentation, en particulier un passage brutal au lait artificiel, peut accentuer ces troubles digestifs².3.

À plus long terme, plusieurs travaux suggèrent une association entre l'alimentation artificielle et un risque accru d’obésité, de diabète ou de maladies cardiovasculaires ultérieures³.1. Des recherches portant sur le développement neuro-cognitif indiquent également que les nourrissons allaités présentent, en moyenne, des bénéfices modestes mais significatifs au niveau du développement cérébral, que les formules infantiles ne parviennent pas à reproduire³.2–³.3.

Sur le plan immunitaire, la différence entre allaitement et préparations est particulièrement marquée. Le lait maternel contient des anticorps, des oligosaccharides, des cellules immunitaires vivantes et des facteurs anti-infectieux absents des préparations industrielles⁴.1–⁴.2. En conséquence, l’enfant nourri au lait artificiel bénéficie d’aucune protection immunitaire lié à son alimentation, il bénéficie que de celle qu’il est capable de produire par lui-même, ce qui peut augmenter la morbidité et la mortalité infantile dans certains contextes, notamment dans les environnements où l’accès à l’eau potable, à l’hygiène ou aux soins est limité⁴.3.

Enfin, plusieurs organismes soulignent que certaines stratégies marketing des fabricants de préparations pour nourrissons peuvent laisser croire que ces produits offrent des bénéfices proches de ceux de l’allaitement, alors que ces allégations ne reposent pas sur des preuves scientifiques équivalentes⁵.

Je pourrais ajouter à cette liste non exhaustive tous les scandales de laits artificiels mortels car contaminés par des bactéries ou encore les nanoparticules toxiques présentes dans les poudres… (dans le futur blog sur les laits artificiels, tout sera expliqué et sourcé).

>Le dernier en date: Rappel de précaution pour risque de présence de microorganismes “Bacillus cereus”   Vomissement, dhiarrée douleur abdominal et pire pour les bébés fragiles.
>Le dernier en date: Rappel de précaution pour risque de présence de microorganismes “Bacillus cereus” Vomissement, dhiarrée douleur abdominal et pire pour les bébés fragiles.

Il y a bien d’autres méfaits de donner à manger un plat industriel faisant partie de la liste des aliments ultra-transformés de l’agroalimentaire, à chaque repas, jour et nuit, des mois durant, à un bébé en pleine croissance.

Un papa venu en consultation avec sa femme, en réalisant que le lait articiel (nommé aussi préparation pour nourrisson, Lait maternisé) était un aliment ultra transformé, s’est exprimé ainsi : «  on sait que pour nous adulte, manger tous les jours des plats industriels est mauvais pour notre santé, alors, j’imagine ce que ça peut faire dans un petit corps en pleine croissance, qui n’aurait rien d’autres comme aliments ! Nous adulte, au moins, on peut varier avec des légumes et des fruits»

J’arrête là, car je vois déjà la culpabilité des mères qui biberonnent leur petits sans autres choix, avec du lait artificiel. (Je fais partie des mères victimes de la pratique, je ne culpabilise pas, à l’époque, j’ignorais tout cela) Rassurez-vous, les préparations pour nourrisson présentent un risque mais ils sont comestibles.

Nommer ce qui est factuel, ne devrait être perçu que pour ce que c’est : de l’information et éviter le fameux « si j’avais su ». Je préfère un choix en conscience, pour les mères qui y réfléchissent alors qu’elles sont enceintes, que des mères qui l’apprennent, au détour d’une lecture ou d’une écoute perdue sur le net parmi d’autres, avec un bambin de 3 ans et demi et qui se questionnent sur leur décision des débuts, en se demandant pourquoi personne ne leur avait donné ces informations-là. Vous êtes un lecteur averti dorénavant.

 

Le « tire-» Allaitement

Depuis quelques années, le mot allaitement s’emploie avec un préfixe tenu par un trait d’union « tire - ».

Le tire-allaitement…

Pour les novices, le tire-allaitement est une exclusivité sémantique réservée aux mères qui nourrissent leur bébé de leur lait mais pas toujours directement au sein.

C’est un travail fastidieux, le plus souvent le résultat d’une situation d’allaitement au sein qui a rencontré des difficultés. Les mères ont résisté à la facilité du lait artificiel, préférant exprimer leur lait pour le donner à leur bébé. Rare sont celles qui le font par choix alimentaire proprement dit, bien que cette proportion minoritaire augmente progressivement. J’y reviendrai plus tard.

L’important est de comprendre ce que représente le tire-allaitement pour les nombreuses mères qui y ont recours.

Mécaniquement : qu’est-ce que le tire-allaitement ?

Le tire-allaitement désigne une pratique dans laquelle le lait maternel est exprimé mécaniquement (avec un tire-lait électrique ou manuel) ou manuellement, puis donné au bébé au moyen d’un biberon, d’un DAL (Dispositif d’Aide à l’Allaitement), d’un gobelet, d’une cuillère ou de tout autre dispositif d’alimentation.

Il peut être :

  • exclusif (tout le lait consommé est exprimé),

  • partiel (alternance sein / lait exprimé),

  • ponctuel (pour une absence, une tétée manquée, un besoin de soulager ou de stimuler sa production lactée pour augmenter celle-ci).

Cette pratique nécessite une organisation spécifique :

  • extraction régulière du lait,

  • utilisation et entretien du matériel,

  • conservation et transport du lait selon des normes d’hygiène,

  • ajustement des quantités et des horaires pour maintenir la production.

Le tire-allaitement est utilisé dans diverses situations :

  • prématurité ou hospitalisation de l’enfant,

  • difficultés de succion,

  • contre-indication temporaire à la mise au sein,

  • séparation mère–bébé,

  • reprise du travail,

  • stimulation, augmentation ou maintien de la production lactée.

En résumé, le tire-allaitement est une modalité d’alimentation au lait maternel qui repose sur l’expression du lait plutôt que sur la succion directe au sein.


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Emotionnellement : Qu’est-ce que représente le tire-allaitement pour les mamans ?

Le tire-allaitement peut susciter une grande variété d’émotions selon les situations.Pour certaines mères, il représente une solution permettant de nourrir leur bébé malgré des difficultés de mise au sein, une prématurité ou une séparation ; il devient alors un moyen de continuer un projet d’alimentation au lait maternel, alors que la poursuite au sein n’est plus envisageable partiellement ou totalement et de maintenir un sentiment de continuité et d’engagement.

Pour comprendre voici un exemple des plus courants :

Une maman primipare, accouche d’un nouveau-né de 3100g et perd 10% de son poids de naissance, qui représente un problème pour les soignants. La monté de lait tarde, bébé pleure, maman pleure et finit par accepter le complément de lait artificiel donné au biberon contrainte et inquiète.

La monté de lait arrive, maman a les seins très tendus (mode pastèque) bébé a des difficultés à s’accrocher, il glisse du sein. Les soignants proposent le bout de sein (de la marque MAM tant qu’à donner quelque chose, autant que ce soit la marque la plus problématique ! je ferai bientôt un blog au sujet des bouts de seins. Oui, oui, j’ai beaucoup de projets à venir !)

Les parents écoutent les discours contraires du défilé de chaque personnel entrant dans leur chambre et ils se retrouvent complètement perdus, entre une maman qui a besoin de bout de sein pour installer maladroitement son bébé au sein, à compléter bébé au biberon pour stabiliser un poids et des tentatives d’installation directement au sein sans grand succès.

Ils rentrent à la maison, la maman essaie de prendre les choses en main, mais le mal est fait : bébé a modélisé une succion plastique entre les bouts de sein et les biberons. La maman a manqué de stimulation dès le départ, diminuant sa production lactée. Même s’il est possible de revenir en allaitement exclusif dans ce genre de situation en étant accompagnée par une vraie professionnelle (moi, tant qu’à faire), la maman commençant à comprendre comment fonctionne les tirages, elle et papa choisiront de poursuivre le tire-allaitement, pour donner le meilleur des laits, parfaitement adapté pour leur bébé (sans même se douter que ce lait contient des cellules souches appartenant à l’ADN de leur bébé) pour ne plus avoir à donner de lait artificiel.

Il faut du courage, car là où prendre directement le sein, pour la maman allaitante, c’est du quatre en un : lait exprimé au fur et à mesure où bébé tète, pas de logistique de tirage, pas de logistique de conservation, pas de nettoyage et le temps de nourrissage avec bébé est fait directement au sein, la maman en tire-allaitement doit prendre du temps pour exprimer son lait, (au minimum 8 à 10 fois par jour dans les premières semaines), du temps pour stocker son lait, pour nettoyer le tire-lait et les biberons et elle prend du temps pour nourrir son bébé.

C’est courageux.

De ce fait, le tire-allaitement peut aussi être associé à des ressentis de charge mentale, de fatigue, de contrainte ou d’isolement, en raison de la répétition des tirages, du rythme imposé, de la logistique matérielle et du décalage par rapport à l’image classique de l’allaitement.

Certaines mères peuvent vivre le tire-allaitement comme une étape transitoire, d’autres comme une adaptation durable ; certaines y trouvent un sentiment de maîtrise, d’autres le vivent comme une expérience éprouvante.

De manière générale, le tire-allaitement est souvent chargé d’émotions complexes : un mélange de détermination, de souci du bien-être du bébé, mais aussi parfois de frustration, de deuil du projet initial d’allaiter au sein difficile à surmonter, ou de fierté liée aux efforts fournis.

C’est une pratique exigeante, physiquement et mentalement coûteuse, qui repose sur une grande détermination : elle permet à des milliers de mères de maintenir une lactation et d’offrir du lait humain malgré des conditions non optimales, mais elle expose aussi à la fatigue, à la charge mentale et au risque de découragement si les mères ne sont pas suffisamment soutenues. (ce n’est un secret pour personne déjà, que l’allaitement au sein manque de soutien, alors pour cette nouvelle pratique, c’est encore pire !)

Il est essentiel de reconnaître l’ampleur des efforts physiques et émotionnels que demande le tire-allaitement, de garantir aux mères un accompagnement réellement compétent — avec des professionnels formés, du matériel adapté et le respect du Code OMS — tout en tenant compte du poids des contraintes sociales, comme les congés insuffisants, le manque d’espaces dédiés ou de soutien, qui amènent de nombreuses femmes à s’engager dans cette pratique souvent chargée de fatigue, de détermination et de vulnérabilité.


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Est-ce que le tire-allaitement est la même chose que l’allaitement au sein ?

La réponse est non. Il y a des différences. Certaines viennent d’être citées : la logistique et le temps supplémentaire qu’engage cette nouvelle pratique. Mais pas que.

L’allaitement au sein et l’alimentation au biberon ne sollicitent pas les mêmes mécanismes moteurs, respiratoires ni sensori-moteurs, et ces différences sont bien décrites dans la littérature scientifique. L’allaitement maternel direct favorise un développement oro-facial harmonieux : la langue effectue des mouvements ondulatoires profonds et vient s’élever largement contre le palais, stimulant sa croissance physiologique en largeur. Le Haut Conseil de la santé publique précise que l’allaitement maternel est associé à une réduction du risque de caries et de malocclusions dentaires¹. La succion au sein engage également un schéma respiratoire nasal stable, ce qui participe au développement des voies aériennes supérieures et à une diminution des troubles respiratoires du sommeil².

À l'inverse, la succion d’une tétine ou d’un biberon impose un mode de succion moins physiologique : la langue reste basse, la mobilité linguale est réduite et la pression exercée sur le palais n’est plus suffisante pour favoriser son expansion naturelle. Selon la documentation de La Leche League France, cette succion non physiologique favorise un palais plus étroit et plus haut, souvent décrit comme une forme “en V”, augmentant le risque de malocclusion³. Une revue systématique publiée dans une revue internationale de santé bucco-dentaire confirme l’association entre l’usage de tétines et l’incidence de malocclusions, avec un risque qui augmente en fonction de la durée, de la fréquence et de l’intensité de la succion non nutritive⁴ ⁵.


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Même les tétines dites “orthodontiques” ne protègent pas totalement : une étude menée chez des enfants de 3 à 5 ans ayant uniquement utilisé ce type de tétine rapporte encore une proportion élevée de malocclusions, d’interpositions linguales et d’habitudes bucco-faciales persistantes⁶. Cette altération de la fonction linguale peut mener à une déglutition atypique, caractérisée par une langue en position basse ou avancée, perturbant l’équilibre dentaire et l’occlusion⁷. Il faut prendre en compte, que les études qui identifient la sucette comme étant adéquat et sans risque sont rédigées par des laboratoires avec conflits d’intérêts, souvent rémunérés par la marque elle-même pour obtenir de bons résultats.

Sur le plan respiratoire, plusieurs travaux montrent que les habitudes de succion non nutritive perturbent l’équilibre oro-facial, modifient la pression intra-orale et influencent la croissance des structures maxillo-faciales, augmentant le risque de respiration buccale et de troubles respiratoires⁸ type apnée. Une étude prospective montre que l’arrêt de la tétine permet d'améliorer partiellement le développement oro-facial et certaines fonctions physiologiques, confirmant que la succion non nutritive est un facteur de risque modifiable⁹.

L’usage de tétines est également associé à l’apparition d’habitudes bucco-faciales (succion de doigts, interposition linguale, morsure labiale), pouvant accentuer les risques orthodontiques¹⁰. Sur le plan de l’alimentation, l’introduction précoce d’une tétine peut réduire la demande au sein et donc contribuer à un sevrage prématuré¹¹.

De plus, les recherches spécifiques sur les effets du lait maternel exprimé au tire-lait — sans succion au sein — restent encore limitées, notamment concernant le développement oro-facial et respiratoire¹².

Globalement, l’allaitement direct au sein demeure la modalité la plus favorable au développement oro-facial, dentaire, lingual et respiratoire.

Qu’en est-il pour les autres contenant ?

Tous les autres contenants : verre à paille, tasse 360°, verre à bec etc… ont la même manière de s’écouler : bébé doit serrer les gencives pour recevoir le lait dans sa bouche. Il ne travaille pas avec sa langue pour se nourrir, comme il le ferait au sein.

Seul le petit verre est le moins problématique (toute sa vie on boit au verre, autant apprendre tôt comment ça fonctionne ! Si vous voyez des adultes boire leur café dans un biberon…) Ainsi que le dispositif d’aide à l’allaitement (DAL) installé au sein de la mère sont les deux méthodes les plus fiables pour le bon développement de bébé.


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Un immense consensus ressort :

🔹 Tire-allaiter est difficile, parfois traumatisant, jamais “un choix de confort”.

🔹 Beaucoup de femmes n’auraient jamais pu allaiter au sein, sans tire-lait.

🔹 Le manque de formation des professionnels est un facteur majeur d’échec au sein.

🔹 Les mères se sentent blessées quand on minimise leur forme d’« allaitement ».

🔹 Elles veulent qu’on reconnaisse à la fois :

  • leur courage,

  • leurs contraintes,

  • leur détermination.

Certaines disent :

“Le tire-lait m’a sauvé. Sans lui, mon bébé n’aurait jamais eu de lait maternel.”

D’autres :

“Allaiter au sein était plus facile. Tirer, c’est héroïque.”

Toutes :

“Tire-allaiter, c’est allaiter.”

Un débat de vocabulaire qui révèle un enjeu de reconnaissance.

Finalement, quel vocabulaire reste-t-il pour désigner les lois naturelles de l’alimentation d’un bébé ? Je pense que depuis l’invention du lait artificiel, le plus grand des oublis est de conserver un mot qui désigne en français l’action de nourrir son bébé au sein. Comme en anglais « breastfeeding » Breast = sein Feeding = nourrir / alimentation👉 Breastfeeding = nourrir un bébé au sein. La sémantique anglaise ne permet pas une autre possibilité.  Pour parler d’un bébé nourrit au lait artificiel, les anglais ont un vrai vocabulaire “Formula-fed baby”➡️ littéralement : bébé nourri au lait artificiel / au lait infantile. Le tire-allaitement se nomme exclusive-pumping soit tirage-exclusif en traduction brut. A mon sens, ils ont de la chance : un mot pour chaque pratique.

Le fait d’avoir un vocabulaire pour nommer chacune des pratiques différentes ne hiérarchises pas ces actions en un modèle supérieur ou inférieur. Le vocabulaire nomme ce qui est factuel.

Le fait de biberonner au lait artificiel ou de tire-allaiter permet pour autant de reproduire un maternage proximal comme on le fait, sans y penser, avec l’allaitement au sein. La différence, c’est que c’est moins évidant, de le pratiquer spontanément, si les parents ne sont pas informés de ce que représente comme avantage le maternage proximal. (cela fera aussi un sujet à part entière)  Le maternage proximal est facilité par l’allaitement : durant l’alimentation de l’enfant, le corps à corps est obligatoire. La nuit, les mères allaitantes pratiquent le cododo plus aisément, les bébés allaités sont plus portés que les bébés au lait artificiel et/ou au biberon.

Allaitement, portage et maternage proximal ou « parentage » proximal : ce que montrent les études

Les recherches disponibles montrent que l’allaitement maternel au sein s’associe fréquemment à un mode de soins plus proche et tactile entre la mère et le bébé. Cette proximité accrue s’exprime notamment par davantage de contact physique, de portage, de réponses rapides aux signaux du nourrisson et une organisation quotidienne centrée sur les besoins immédiats du bébé.

Plusieurs travaux mettent en évidence que les dyades allaitantes présentent plus de temps de contact physique direct, plus d’interactions sensorielles et plus de comportements de soin rapprochés que les dyades utilisant une alimentation artificielle. Par exemple, des études montrent que le contact peau-à-peau et la proximité corporelle sont des prédicteurs majeurs des comportements de réponse aux besoins du bébé, dont l’allaitement fait partie intégrante(1). De même, les analyses de l’usage du temps maternel révèlent que les mères allaitantes passent statistiquement plus de temps à tenir, porter, bercer ou répondre directement à leur bébé que les mères non allaitantes(2).


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Ces constats s’inscrivent dans la logique du maternage proximal, ou parentage proximal pour y introduire le père, qui peut être à l’initiative d’entretenir un ensemble de pratiques parentales basées sur la proximité, le portage, la réponse rapide aux pleurs, le contact fréquent, l’allaitement à la demande, et une attention soutenue aux rythmes physiologiques du nourrisson. Dans plusieurs cultures étudiées, les mères allaitantes décrivent également l’allaitement comme une pratique fortement liée au lien affectif, tandis que les mères utilisant le biberon le considèrent plus souvent comme un acte essentiellement nutritionnel (3).

Ainsi, sans établir de hiérarchie de valeur entre les modes d’alimentation, les études convergent pour montrer que l’allaitement est statistiquement associé à une parentalité plus tactile, rapprochée et réactive, caractéristiques du maternage proximal. Cette relation est principalement corrélationnelle : elle reflète la dynamique interactionnelle entre l’enfant et le parent, ainsi que le rôle important du contact physique dans la construction du lien précoce (4).

Mais nous sommes bien d’accord sur un point, on peut tire-allaiter et pratiquer le maternage proximal, on peut alimenter au biberon de L.A et porter, cododoter, être un parent réactif. Généralement, les parents qui sont dans le maternage proximal, ont été sensibilisés par cette pratique parce qu’ils ont, à un moment donné dans leur histoire, été inspirés de près ou de loin par l’allaitement > au sein.

Conclusion :

Il ne s’agit pas d’opposer les pratiques d’alimentation ou les pratiques de parentage, mais de pourvoir poser un vocabulaire qui permettrait d’identifier les choix parentaux et cela sans ambiguïté quand ils sont exprimés.  Chaque parent est libre de sa pratique et il n’a pas à être jugé de son choix. En revanche, pour faire un choix, il faut être informé des différences, des avantages, des inconvénients pour les parents mais aussi pour leur enfant. Car l’enfant, adulte en devenir, ne peut que subir la décision parentale. Je trouve surprenant que notre langue Française, si riche en vocabulaire et reconnue pour cela, n’ai pas su maintenir et inventer un vocabulaire adapté à chaque situation nouvelle d’allaitement et qu’il soit si difficile et contrariant de nommer « un chat ; un chat ».

Alors, si le terme allaitement, convient pour tout nommer, la façon de nourrir et avec quoi on nourrit son bébé, sans distinction, peut-être que ce qu’il faudrait inventer, comme nos ados, c’est un mot nouveau qui représente l’allaitement au sein et uniquement au sein. Laissant le terme « allaitement » pour ce qu’il est connu aujourd’hui : donner à manger à son bébé sans autre distinction réelle.

Un mot français, comme dans la langue anglaise, qui ne peut pas dire autre-chose, où l’on ne peut pas comprendre autre-chose. Cela pour corriger le manque de distinction de nos aïeuls lors du grand débarquement du lait artificiel.

Mammalaction, nourrisein, mammation…  (Mamma : sein ; laction : être nourri de lait) ou bien reprendre et conserver le mot originel « allaitement » « allaiter » pour ce qu’il veut dire : nourrir son bébé au sein, et tire-allaitement pour respecter cette distinction courageuse de donner son lait maternel qui vient du sein de la mère.

Peut-être que le fin mot de cette réflexion sémantique, serait d’inventer un mot pour les bébés nourris au lait artificiel, avec cette certitude : ils boivent exclusivement au biberon.

La question du médecin deviendrait «  vous souhaitez allaiter, tire-allaiter ou biberonner ? ».

 

Références risques lait artificiel :

1. Risque d’infections

1.1 PMC – Études sur l’incidence accrue des infections gastro-intestinales et respiratoires chez les nourrissons nourris au lait artificiel.1.2 Organisation mondiale de la santé – Bénéfices protecteurs de l’allaitement.1.3 Garnet Health – Risque augmenté d’otites chez les nourrissons non allaités.1.4 OBRC (Oklahoma Breastfeeding Resource Center) – Hospitalisations plus fréquentes pour infections respiratoires chez les nourrissons nourris au lait artificiel.

2. Troubles digestifs

2.1 KidsHealth – Digestibilité réduite des préparations infantiles.2.2 Patient.info – Troubles digestifs plus fréquents sous formule infantile.2.3 Children's Medical Centers of Fresno – Impact d’un passage soudain au lait artificiel sur les troubles digestifs.

3. Effets à long terme

3.1 University of California – Risques métaboliques (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires) associés à l’alimentation artificielle.3.2 Andes Pediátrica – Avantages neuro-développementaux associés à l’allaitement.3.3 Mount Sinai Health System – Développement cognitif et nutrition infantile.

4. Bénéfices immunitaires du lait maternel

4.1 PMC – Présence d’anticorps, oligosaccharides et facteurs immunitaires uniques dans le lait maternel.4.2 Mount Sinai Health System – Rôle immunitaire du lait maternel.4.3 Organisation mondiale de la santé ; Andes Pediátrica – Impact de l’alimentation artificielle sur la morbidité et mortalité infantile.

5. Régulation et marketing

5.         info-allaitement.org – Analyse critique des stratégies marketing des fabricants de préparations pour nourrissons.

Références différence allaitement sein versus tire-allaitement :

1.Haut Conseil de la santé publique (HCSP). L’allaitement maternel : bénéfices et recommandations. 2024.

2.  Analyse clinique rapportée dans la littérature professionnelle en odontopédiatrie concernant respiration nasale et sommeil.

3. La Leche League France. Développement des structures faciales et rôle de la succion physiologique.

4. Peres et al. Pacifier use and malocclusion: systematic review. Journal of International Society of Preventive and Community Dentistry.

5. JHAS Review. Ineffective feeding practices and their effect on malocclusion.

6. Observational study on orthodontic pacifiers and malocclusions in 3-5 year-olds.

7. Description clinique de la déglutition atypique : base des connaissances en orthodontie/orthophonie.

8. MDPI Children. Étude sur les habitudes orales déviantes et les conséquences sur la croissance maxillo-faciale.

9. Frontiers in Pediatrics. Étude prospective sur l’arrêt de la tétine et la réversibilité partielle des modifications oro-faciales.

10.  Étude observationnelle sur les habitudes bucco-faciales persistantes après usage de tétines orthodontiques.

 

Références maternage proximal :

1.Little EE et al. (2018). Mother–Infant Physical Contact Predicts Responsive Feeding Behaviour and Maternal Feeding Style. PMC.https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6163497/

2.Smith JP et al. (2017). Maternal Time Use and Nurturing: Analysis of the Association Between Breastfeeding and Time Allocated to Infant Care. ANU – National Centre for Epidemiology and Population Health.https://nceph.anu.edu.au/files/Maternal%20Time%20Use%20and%20Nurturing.pdf

3.Britton C., Britton H., Gronwaldt V. (2006). Breastfeeding and the mother-infant relationship: A review. ResearchGate.https://www.researchgate.net/publication/223351601_Breastfeeding_and_the_mother-infant_relationship-A_review

4.La Leche League International. Allaitement et proximité mère-enfant.https://llli.org/fr/news/lll-aujourdhui-3-allaitement-et-proximite-mere-en

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 
 
 

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